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Jeudi 11 décembre 2014 4 11 /12 /Déc /2014 08:11

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Aliénor d'Aquitaine, une grande reine médiévale (1122 ou 1124 - 1204)

Par Céline
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Jeudi 11 décembre 2014 4 11 /12 /Déc /2014 06:52

 

220px-'Nicole' a French Partisan Who Captured 25 Nazis in tLes historiens de la Résistance, comme dans de nombreux autres domaines, ont longtemps occulté les femmes et leur engagement majeur dans la lutte contre l’occupant allemand durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Pourtant, on écrit en masse sur la Résistance dès la Libération : les ouvrages sont nombreux, mais la majorité d’entre eux ne traite uniquement que de la résistance armée et du rôle, prédominant, des hommes sur ce terrain. Les femmes, quant à elles, ne récoltent que quelques allusions : leur participation, pourtant déterminante, est sous-estimée, voire éclipsée. Seules quelques figures féminines emblématiques, comme celle de Bertie Albrecht ou Danielle Casanova, dont nous reparlerons, suscitent un intérêt. Ce dernier s’explique non pas parce qu’elles sont des femmes, mais par l’importance, pour la première, de son statut de premier ordre au sein du mouvement « Combat », pour la seconde, de son implication résistante au cœur du Parti communiste devenu clandestin et dans la lutte armée.

Il faut attendre les années 1970 et ses mouvements féministes pour que les résistantes sortent de leur réserve et publient, nombreuses, leur biographie. Par ailleurs, avec l’accès progressif aux archives de la Seconde Guerre mondiale et la multiplication des témoignages, les historiens se penchent de plus en plus sérieusement sur l’action des femmes pendant l’Occupation et s’aperçoivent clairement qu’une résistance massive, en dehors des armes, cachée et plus discrète mais tout aussi essentielle et risquée, a eu lieu.

Il est donc aujourd’hui possible de retracer (même si le travail dans ce domaine est loin d’être complet) à quoi ressemble l’engagement féminin au sein de la Résistance, quelle est sa nature et sa complexité dans un contexte politique d’occupation et de collaboration avec le régime nazi et quelles sont les répercussions  sur les femmes impliquées dans ce mouvement d’opposition.

 

Le contexte dès 1940 : occupation allemande et collaboration du régime de Vichy

 

Il est difficile d’expliquer un phénomène tel que celui de la Résistance sans avant tout poser le contexte, très particulier, de la défaite de 1940 entraînant l’occupation ennemie et la collaboration du gouvernement de Vichy avec le régime hitlérien. Il détermine en effet la prise de position de nombreux Français et Françaises, qu’elle soit contre ou en faveur de l’occupant et/ou de la politique de l’Etat français.

Dès juin 1940, la France est vaincue : Paris est envahie, suite à l’armistice signée le 22 juin, par les troupes allemandes, et la zone occupée est définie : le Reich s’installe, en gros, au nord de la Loire et dans l’extrême sud-ouest de la France. Le gouvernement de Vichy conserve sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, zone occupée comprise, mais se doit de tout mettre en œuvre pour que la réglementation et les droits du Reich, en tant que puissance occupante, soient facilités et respectés.

Le 24 octobre 1940, le maréchal Pétain rencontre Hitler à Montoire. Même si l’entrevue jette les bases de la collaboration de manière assez floue entre les deux protagonistes, notamment sur le rôle de la France dans le projet de conquête européenne d’Hitler, il n’en demeure pas moins qu’à l’issue, le gouvernement de Vichy accentue la mise en place d’un régime autoritaire et répressif, répondant aux attentes de l’occupant : exclusions, censures, saisies, interdictions de toutes sortes…

Les femmes ne sont pas épargnées : dès octobre 1940, celles qui sont mariées ne peuvent plus intégrer les administrations et les services publics, afin de les inciter à rester au foyer ; la loi du 2 avril 1941 rend le divorce plus compliqué à obtenir ; celle du 23 juillet 1942 condamne l’abandon de famille et celle du 23 décembre de la même année réprime l’adultère commis avec une femme de prisonnier.

Il faut dire que la femme est un élément essentiel, un pilier même, de l’idéologie vichyste. Le projet de Pétain, la « Révolution Nationale » sous la bannière « Travail, Famille, Patrie », est de créer une société où l’individualisme, banni, laisse place à un esprit communautaire où chacun a une place bien déterminée et où les valeurs familiales et les structures traditionnelles basées sur le travail non intellectuel (de la terre surtout) sont prépondérantes. Encadré par les institutions étatiques, l’individu n’a plus aucune liberté d’opinion et se doit de se fondre dans un ensemble hiérarchisé et immuable.

Les femmes, elles, sont considérées comme le centre du foyer, dont elles doivent s’occuper avec soin. Cela sous-entend bien évidemment le devoir, essentiel, de maternité, d’où une très sévère condamnation de l’avortement (de 1942 à 1944, pas moins de 4000 femmes sont punies chaque année, pour la majorité des « faiseuses d’ange », dont Marie-Louise Giraud, seule femme guillotinée pendant la guerre, en 1943). S’éloigner de cet idéal féminin revient à mettre en danger la patrie car celle-ci a un besoin absolu des futures générations pour réussir la « Révolution nationale ».

Vichy se base donc sur la différence et la complémentarité des sexes : à la femme la sphère domestique ; à l’homme le travail mais aussi l’autorité familiale. Il est le paterfamilias.

Les femmes ne sont cependant pas condamnées à rester cloîtrées chez elles : elles détiennent aussi, pour celles qui le désirent, une place dans l’espace public, notamment au niveau associatif. Elles évoluent, pour la majorité d’entre celles qui s’engagent, dans le milieu chrétien, où elles œuvrent charitablement ou, au contraire, pour assurer leur propre destin. En effet, ces associations scoutes, totalement féminines et qui se développent depuis les années 20, ont pour objectif de donner aux jeunes filles une éducation civique et sociale. On leur enseigne à devenir autonomes car, depuis la Première Guerre mondiale, avant tout dans les milieux bourgeois, les jeunes femmes doivent être en mesure de pouvoir travailler et s’assumer par elles-mêmes. Ne voyons néanmoins aucun féminisme dans cet objectif : le mariage demeure un modèle de vie à adopter et est donc vivement encouragé ; par ailleurs, on incite bien souvent les jeunes filles à ne pas faire d’études trop « intellectuelles ». Il est nécessaire d’ajouter que ces mouvements scouts sont généralement pétainistes, même s’il en existe quelques-uns que l’on peut qualifier de résistants.

L’idéal de Vichy, fondé sur les valeurs de « Travail, Famille, Patrie », est-il cependant à la portée des Français et des Françaises qui vivent journellement l’Occupation (la zone libre est envahie par les Allemands dès le 11 novembre 1942) ?

Bien évidemment, un certain nombre de personnes privilégiées ou aux convictions pétainistes affirmées trouvent dans le régime l’aspect salvateur que ce dernier tente à tout prix d’insuffler. Mais pour un très grand nombre de Français, soumis à la dureté du quotidien, il en est tout autrement.

En effet, la vie de tous les jours est loin d’être une partie de plaisir. En plus de la présence pesante de l’occupant qui réquisitionne une partie des possessions et productions appartenant ou destinées aux Français, il faut faire face aux restrictions et pénuries de toutes sortes, surtout alimentaires et vestimentaires. La mise en place du système des tickets de rationnements, censés approvisionner en denrées de première nécessité telles que le pain, la viande ou le sucre, ne suffit pas à pallier les besoins des familles, surtout en milieu urbain. Les files d’attente devant les magasins sont longues, et bien souvent le résultat nul… Dans les campagnes, le manque, bien que réel, se fait tout de même moins sentir car depuis toujours, on vit pratiquement en autarcie : culture potagère, élevage de volailles et de lapins, cueillette, chasse, culture des céréales… La solidarité y est aussi plus forte du fait de la proximité villageoise : on ne se garde pas de venir en aide à son voisin ou aux membres de sa famille.

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File d'attente devant les magasins...

 

Les femmes, qu’elles résident en ville ou en milieu rural, sont au cœur de cette économie domestique puisque ce sont elles qui ont la gestion de tout ce qui a trait à la maison. Beaucoup ne peuvent par ailleurs compter que sur elles-mêmes, leur mari ayant été fait prisonnier et envoyé en Allemagne. Elles doivent développer toutes sortes de stratégies pour économiser, faire durer, créer du neuf avec de l’ancien et parfois recourir au marché gris ou au troc. Parallèlement, heureusement pour certaines d’entre elles, face à l’absence masculine et au manque général de main-d’œuvre, la loi de 1940 interdisant le travail des femmes mariées est levée en septembre 1942.

L’idéal vichyste, on le voit, est donc très éloigné des réalités quotidiennes de la majorité des Français, qui ont bien autre chose à penser que de répondre aux exigences idéologiques d’un régime qui, s’ils ne s’y opposent pas un minimum, ne ferait que les pousser à encore plus de restrictions.

Et, en effet, les contestations ne tardent pas à apparaître. Ce sont les femmes qui, en premier, « montent au front » : elles sont très nombreuses, dès 1940 et dans la France entière, à manifester dans la rue à cause de la pénurie alimentaire. Elles n’hésitent pas à se rendre devant les mairies et les préfectures pour afficher ouvertement leur mécontentement et demander le déblocage des stocks de denrées. Au début, elles ont souvent gain de cause. Mais dès l’hiver 1941-1942, Vichy prend des mesures punitives : les arrestations et les internements se multiplient. Ces moyens mis en œuvre pour étouffer ces rassemblements ne sont pas anodins : derrière ces femmes se cache l’un des plus grands ennemis du régime de collaboration, le Parti Communiste. C’est en effet lui, par le biais de ses militantes les plus actives et un presse clandestine, qui organise ce que l’on appelle « les manifestations de ménagères ». Les communistes, dont le but est de donner naissance à un mécontentement populaire général et de grande ampleur contre l’Etat vichyssois, ont effectivement bien ciblé en s’adressant aux femmes : elles représentent un potentiel d’action non négligeable puisque, comme nous l’avons vu, elles sont les premières concernées par le manque. Ces cortèges de femmes défilant dans la rue ne dénoncent donc pas seulement les difficultés du quotidien, elles remettent fortement en question la collaboration avec l’Allemagne nazie.

L’implication des femmes dans les manifestations de ménagères (qui est déjà un acte fort d’opposition en soi) va, pour certaines d’entre elles, représenter un véritable tremplin pour intégrer la Résistance. Il ne sera pas le seul, tant la Résistance féminine est diversifiée.

 

Les femmes dans la Résistance

 

Les femmes entrent tôt en Résistance, surtout dans le Nord, premier territoire touché par l’invasion allemande. Elles y sont même, au départ, majoritaires (en 1940, 23% des femmes du Nord-Pas-de-Calais sont résistantes, contre 13% des hommes). Cette région est en effet rattachée au commandement de Bruxelles et ce dernier est géré par un responsable possédant les pleins pouvoirs sur sa juridiction, Vichy n’intervenant pas dans cette partie du pays. La violence et la lourde présence de l’occupant incitent donc à un engagement très précoce.

La répression y est, par conséquent, aussi très dure. Le 17 septembre 1940, Blanche Paugan est condamnée à mort pour avoir coupé les lignes téléphoniques allemandes. Même si la sentence n’est pas exécutée, elle montre la volonté de rigueur des Allemands.

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Avis de peine mort sur la personne de Blanche Paugan

 

Les motivations incitant les femmes à intégrer la Résistance sont les mêmes que celles des hommes : refus de l’Occupation ; refus de l’armistice et donc de la défaite ; refus des mesures antisémites, restrictives et répressives. On agit aussi pour rendre service à un proche, une personne que l’on aime, un voisin, un collègue… Cependant, contrairement aux hommes, les femmes entrent rarement en Résistance par conviction politique (n’oublions pas qu’elles en sont exclues, puisqu’elles ne sont encore ni éligibles, ni électrices). Même au sein du Parti Communiste, pourtant vértitable vivier de Résistantes, elles restent au final assez peu nombreuses. Il est important par ailleurs de rappeler ici que la Résistance est un mouvement évidemment illégal, donc clandestin, induisant de nombreux risques. Les femmes y sont tout autant confrontées que les hommes. Les motivations doivent donc être profondes, l’engagement ne jamais se faire à la légère.

Comment intègrent-elles les différents réseaux ? La plupart des femmes s’enrôlent par l’intermédiaire de connaissances diverses, qu’elles soient issues de leur cercle familial, amical, associatif ou professionnel. Il est nécessaire de souligner dès à présent que l’engagement féminin au sein de la Résistance est avant tout une affaire de « quotidien ».

En effet, comme nous l’avons évoqué, la Résistance est secrète. Elle doit se cacher, rester discrète. Et quel endroit est le plus opportun pour protéger et assurer cette clandestinité ? Le foyer. Le domicile familial, sphère privée, est effectivement un des points névralgiques de l’organisation. Or, la femme est le centre de ce monde domestique. Elle se retrouve par conséquent impliquée, voire en est parfois l’initiatrice, dans de nombreux actes d’opposition à l’ennemi. Elle héberge (donc nourrit, habille et cache) et peut faire passer des clandestins en zone libre, que ces derniers soient Résistants, Juifs ou encore des aviateurs alliés ; elle cache des documents au sein de sa maison ; elle ravitaille les maquis alentours… Cette facette de la Résistance féminine est prépondérante en milieu rural, où les types d’actions cités sont facilités, la présence allemande étant moins pesante que dans les villes et la campagne offrant de nombreux lieux abrités et plus de nourriture.

Tous ces gestes résistants se font sous couvert d’une vie quotidienne banale. On fait passer tel enfant juif pour un neveu ou une nièce ; on cache tel document sous les couvertures du landau du bébé ; on profite d’un déplacement à pied ou en vélo pour aller porter un courrier important ou des vivres à un réseau caché dans les bois… Les femmes suscitent beaucoup moins la méfiance des Allemands que les hommes. Elles sont donc des maillons essentiels de la Résistance dite « de tous les jours ».

C’est justement parce que la suspicion envers les femmes est très limitée que les sphères d’action féminines se multiplient et se diversifient. En plus de cacher, de ravitailler et d’héberger, elles peuvent aussi distribuer et participer à la rédaction de tracts et de journaux clandestins, fabriquer de faux-papiers… On trouve de nombreuses femmes, travaillant dans l’administration, qui utilisent leur fonction de secrétaire pour créer des documents factices (état civil, papiers d’identité etc.) ou fournir des tickets de rationnements injustifiés. Le domaine des communications n’est pas en reste non plus : pendant toute l’Occupation, pas moins de 224 postières, téléphonistes et télégraphistes anonymes ont intercepté des messages allemands ainsi que des lettres de dénonciations de Juifs et de Résistants, sauvant ainsi des vies. Cette résistance du quotidien, anonyme et floue, difficilement quantifiable, est déterminante pour la Résistante dite, elle, « organisée et officielle », c’est-à-dire armée. Elle lui permet, au jour le jour, de survivre et de se concentrer sur ses projets de grande ampleur.

D’autres femmes, par ailleurs, se retrouvent agents secrets, dans les réseaux de renseignements ou dans l’organisation de filières d’évasion, dont elles sont parfois à la tête. C’est le cas de Marie-Louise Dissard du réseau Françoise, situé à Toulouse. Au départ, l’action de cette résistante de la première heure se borne à cacher et transmettre des documents importants, comme de nombreuses femmes le font déjà. Puis, en 1942, elle intègre le réseau d’évasion Pat O’Leary, spécialisé dans le sauvetage des aviateurs anglais et américains tombés sur le sol français, pour lequel elle commande la région toulousaine. Sa mission est de les héberger et les aider à rejoindre l’Angleterre. En 1943, suite à l’arrestation d’Albert Guérisse, chef de la filière tous secteurs géographiques confondus, Marie-Louise Dissard le remplace. Elle renomme le réseau, qui devient le réseau Françoise, et ne sauvera pas moins, au total, de 700 aviateurs alliés.

On le voit, certaines femmes parviennent à atteindre de hautes fonctions. Dans le domaine précis de l’opposition armée, elles sont très peu nombreuses. En effet, depuis toujours, la guerre est une affaire d’hommes. Même si la Résistance offre un domaine d’action inédit aux femmes, il n’en demeure pas moins que certaines portes leur restent fermées, ou durement accessibles. Les années 40 restent ancrées, malgré le contexte, dans un schéma culturel et social traditionnel : l’homme est le chef de famille travaillant à l’extérieur ; la femme, dépendante de ce dernier, reste au foyer et sans droit de vote.

On trouve pourtant quelques figures féminines à la tête de mouvements armés ou qui leur sont liés. Ainsi Claude Gérard, responsable des maquis dans sept départements du Sud-Ouest de la France, ou encore Marie-Madeleine Fourcade, à la tête du réseau Alliance. En 1941, cette dernière succède à Georges Loustaunau-Lacau, qui vient d’être arrêté. Dépendant de l’Intelligence Service britannique, Alliance est avant tout un réseau de renseignements déterminant pour l’organisation armée basée à Londres. Il compte aussi plus de 25% de femmes sur les 3000 membres qui le composent.  

En dehors des actions de grandes figures féminines telles que Bertie Albrecht  ou Danielle Casanova, respectivement co-fondatrice du mouvement Combat et militante communiste à l’origine de la création de divers comités féminins de résistance et soutenant la lutte armée, on trouve d’autres formes, plus rares et restreintes, de lutte contre l’occupant. Le cas de Rose Valland est, à ce propos, édifiant.

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Rose Valland

 

D’origine très modeste (son père est charron et sa mère est femme au foyer), Rose Valland doit à son intelligence et à son goût des arts une ascension professionnelle fulgurante. En 1940, elle est attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, à Paris. Elle est alors témoin des spoliations des Allemands vis-à-vis des œuvres d’art des musées et des collections privées, notamment celles issues de grandes familles juives déportées ou ayant fui. Le musée du jeu de Paume étant le lieu de centralisation avant l’expédition en Allemagne, Rose Valland se donne alors pour mission de répertorier, en les notant sur des calepins, toutes les œuvres confisquées ainsi que leur destination exacte. Elle donne aussi des renseignements précieux, obtenus en écoutant les conversations des officiels allemands, aux Alliés pour éviter que ces derniers bombardent les lieux où sont cachées les œuvres. À la fin de la guerre, elle partira en Allemagne afin d’assurer le retour de ces dernières. Pour sauver ces nombreuses œuvres d’art, Rose Valland a fourni un travail long et minutieux. Elle a agi seule, discrètement.

On le voit, la Résistance des femmes, qu’elle que soit sa forme d’engagement, est bien réelle. Tout comme les hommes, elles prennent des risques, s’impliquent, défendent leur patrie.

Mais quelles sont les répercussions pour elles d’un tel engagement ?

 

Les conséquences de l’engagement résistant

 

Une chose est certaine : les femmes ont payé un lourd tribut pour leur volonté de lutte contre l’Occupation. Beaucoup d’entre elles y ont laissé leur vie : Bertie Albrecht est pendue le 31 mai 1943 ; Danielle Casanova meurt à Auschwitz le 9 mai de la même année. Et que dire de toutes ces anonymes, décédées en prison, fusillées, torturées ou mortes en déportation ? L’exemple, parmi de très nombreux autres, des employées des P.T.T. dont nous avons précédemment parlé est sur ce point révélateur : sur les 224 femmes ayant, d’une façon ou d’une autre, joué un rôle résistant, 98 furent déportées. 24 ne sont pas revenues, dont 6 juives qui furent gazées dès leur arrivée à Auschwitz.

 

Nombreuses sont aussi celles déportées à Ravensbrück, un camp de concentration exclusivement réservé aux femmes. Parmi les plus célèbres, on peut citer Germaine Tillion, Marie-José Chombart de Lauwe, Geneviève de Gaulle… Mais, encore une fois, il ne faut pas occulter toutes ces anonymes, très nombreuses, ces résistantes de l’ombre, du « quotidien ».

Une autre question peut par ailleurs être posée : le rôle des femmes dans la Résistance a-t-il changé un tant soit peu leur place dans la société à la Libération ?

Au premier abord, on pourrait répondre favorablement à cette interrogation. En effet, le droit de vote leur est accordé en 1944. Par ailleurs, quelques femmes entrent dans la vie politique, féminisant ainsi les assemblées, comme le Parlement, et répondant aux besoins de mandats locaux. La grande majorité d’entre elles sont issues de la Résistance.

Il est néanmoins important de tempérer ces nouveaux acquis. En effet, le droit de vote n’est pas une conséquence directe et spontanée de leur engagement, puisque la question sur leur statut à ce niveau était déjà posée avant (et même pendant) la guerre. Il est par contre évident que leur implication dans la Résistance y a joué un rôle déterminant, voire même a précipité la décision finale.

Pour ce qui est de leur éligibilité et leur présence au sein des organisations politiques, l’engouement d’après-guerre s’éteint rapidement. En 1946, les sénatrices élues sont 22. En 1948, elles ne sont plus que 13, pour descendre au nombre de 9 en 1952. Par ailleurs, les domaines qui leur sont réservés restent très « féminins » : la santé, la famille, l’enfance, le logement.

Autre fait notable : sur les 1036 Compagnons de la Libération ayant obtenu la Croix de la Libération, on ne compte que 6 femmes... On y retrouve Bertie Albrecht, mais aussi Laure Diebold (secrétaire de Jean Moulin et agent de liaison), Marie Hackin (qui organise le Corps féminin de la France Libre), Marcelle Henry (membre du réseau d'évasion VIC), Simone Michelle-Lévy (une des résistantes des P.T.T.) et Emilienne Moreau-Evrard (agent du réseau Brutus). La plupart d'entre elles ont obtenu la Croix de la Libération à titre posthume.  

Comment expliquer cette sous-représentation des femmes, dans la société en général, et dans la politique en particulier ?

Il est absolument nécessaire de le souligner : le problème vient avant tout des femmes elles-mêmes. L’immense majorité d’entre elles considèrent que la Résistance n’a été qu’une parenthèse, qu’elles ont fait leur devoir et qu’il est temps pour elles de retourner dans leur foyer. D’ailleurs, tout le monde souhaite ce retour « à la normale » et faire de la guerre un mauvais souvenir. Les femmes ne remettent donc pas en question leur place dans une société où, il faut bien le dire, le partage des rôles dans la vie quotidienne est encore bien loin d’être égalitaire.

En effet, le monde dans lequel elles évoluent ne les aide pas non plus à s’émanciper. L’image de la mère de famille est encore écrasante. Cette norme va s’accentuer dans les années 50, avec le baby-boom : on fait beaucoup d’enfants, les femmes doivent donc demeurer plus que jamais au sein de leur maison. Il faudra attendre les années 70 pour que le tournant majeur des rapports sociaux de sexe ait lieu.

 

Avant de clôturer cet article, je voudrais préciser que son objectif n’a pas été de sous-estimer le rôle des hommes dans la Résistance, tout aussi essentiel, mais de mettre en évidence celui des femmes, trop longtemps occulté, alors qu’elles ont pris les mêmes risques et y ont beaucoup laissé d’elles-mêmes. Certes, elles étaient moins nombreuses que les hommes, mais leur histoire mérite d’être (re)connue. L’histoire de la Résistance serait incomplète et malhonnête si les femmes en restaient exclues.

Par ailleurs, cet article est loin d’être exhaustif tant le champ de la Résistance des femmes est large (et dépasse largement les frontières françaises), personnel (il n’y qu’à voir les différents témoignages et expériences de celles et ceux qui l’ont vécue) et encore relativement inexploré. Les historiens tentent, peu à peu, de combler ce vide.

 

Sources :  

- Colloque du Sénat  du 27 mai 2014 : Femmes Résistantes (revoir l'intégralité ici)

- BERTIN Célia, Femmes sous l'Occupation, Stock, 1994.

- COLLINS WEITZ Margaret, Combattantes de l'ombre, Histoire des Femmes dans la Résistance, Albin Michel, 1997.

- THIBAULT Laurence (dir.), Les Femmes et la Résistance, La Documentation française/AERI 2006, collection "Cahiers de la Résistance".

- Articles de la revue CLIO, "Résistances et Libérations en France", en ligne ici

Par Céline
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Jeudi 9 janvier 2014 4 09 /01 /Jan /2014 14:08

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Deuxième château le plus visité de France après Versailles, Chenonceau est une merveille de la Renaissance. Outre son architecture unique (il enjambe le Cher), le cadre vaste et verdoyant dans lequel il est situé invite au calme, à la méditation et aux promenades. Pourtant, il connut tout au long de son existence les soubresauts de l’Histoire : guerres de religion, Révolution Française, hôpital pour blessés de guerre en 14-18, occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale… Il fut aussi l’objet constant de constructions, rénovations, aménagements et autres améliorations. À leur tête : des femmes. Qu’elles en furent ou non les propriétaires directes, ce sont elles, toujours, qui eurent pour lui les projets les plus fous, ou au contraire les plus modestes. De personnalités différentes, parfois même diamétralement opposées, ces femmes ont néanmoins un point commun, et non des moindres : leur amour  inconditionnel pour Chenonceau…


La transformation du château médiéval : Catherine Briçonnet.


Le château primitif de Chenonceau, une forteresse médiévale, date du 13è siècle. Bâti par la famille Marques dans le but de gérer les flux commerciaux du Cher, il demeure entre les mains de ces derniers jusqu’au 15è siècle. C’est en effet dès 1496 qu’il fait son entrée dans ce que l’on pourrait qualifier de « lignée féminine » : à partir de ce moment, et ce jusqu’au 20è siècle, ce sont uniquement des femmes qui entretiennent et embellissent le château.

La première figure de cette « lignée » se nomme Catherine Briçonnet. On ne sait que très peu de choses d’elle. Fille de Guillaume Briçonnet, qui fut au service du roi de France au sein de la haute administration des finances puis cardinal ainsi qu’évêque de Meaux et de Nîmes, elle épouse Thomas Bohier, surintendant des Finances de Louis XII en Italie. Tout juste anobli, passionné d’architecture et d’art italiens, Thomas ressent le besoin de posséder un château en France. Il jette alors son dévolu sur la forteresse médiévale des Marques. Il fait là un choix judicieux : les propriétaires sont en effet très endettés, et se voient dans l’obligation de céder leur propriété aux Bohier en juin 1496, pour 7374 livres 10 sols tournois.

C’est sans compter sur une femme, une autre Catherine : Catherine Marques, qui refuse de voir le patrimoine familial s’envoler. Elle fait appel au droit de retrait lignager : tout parent d’un vendeur, jusqu’au dixième degré, peut revendiquer l’héritage du bien au prix conclu. Ayant donc la primauté sur la propriété du château, elle s’y installe. Pour un temps limité. En 1513, la puissance et la fortune des Bohier se sont élargies et Catherine Marques, acculée, est contrainte de vendre définitivement. Le montant de la transaction est deux fois plus élevé que la première fois : 15 641 livres.

La première volonté des Bohier est extrême : ils désirent raser totalement la forteresse. Finalement, ils épargnent le donjon, que l’on peut encore admirer aujourd’hui. Pour construire le nouveau château de Chenonceau, ils font appel aux meilleurs architectes du temps, venus d’Amboise et de Tours. Mais Thomas est vite rappelé à ses devoirs auprès du roi : François Ier le demande pour gérer les finances du duché de Milan qu’il vient tout juste d’acquérir après sa victoire de Marignan. C’est donc Catherine Briçonnet, épouse Bohier, qui se retrouve à la tête des colossaux travaux de construction.

Femme de goût, vive et intelligente, elle mène ce projet avec brio, au point de veiller elle-même au chantier. Elle s’installe dans la vieille tour médiévale, qu’elle a fait aménager et rénover. Issue d’une grande famille bourgeoise de mécènes passionnés, elle a une idée précise de ce qu’elle désire : un château intime. Pour cela, elle organise l’espace d’une façon tout à fait novatrice : à chaque étage, un long et large couloir distribuera quatre pièces (deux de chaque côté, communiquant entre elles) ; chaque chambre sera agrémentée d’une tourelle servant de garde-robe, de cabinet de repos ou de pièce d’étude ; de très grandes fenêtres, ayant toutes vue sur le Cher, permettront à la lumière d’entrer facilement, faisant du château une demeure claire et rayonnante ; les cuisines seront spacieuses et modernes.

414px-ChenonceauTourdesMarques.jpgLa vieille tour médiévale

Les travaux durent neuf ans, de 1513 à 1521, années au cours desquelles Catherine met parallèlement plusieurs enfants au monde. Mais en 1524, Thomas Bohier, alors lieutenant-général du roi en Italie, meurt. Le 5 novembre 1526, c’est au tour de Catherine de trépasser, dans son hôtel de Tours.

Femme de caractère, Catherine Briçonnet-Bohier, très méconnue tant le château de Chenonceau colle à la peau de deux autres femmes, Diane de Poitiers et Catherine de Médicis, mérite une place de premier ordre dans l’histoire du joyau de la Renaissance : ses idées pionnières, son ouverture d’esprit et son goût pour les arts ont fait de la vieille forteresse médiévale une véritable merveille architecturale, célèbre aujourd’hui dans le monde entier.


 Chenonceau, cadeau d’un amour royal : Diane de Poitiers, favorite de Henri II

DianedePoitiers Ses parents décédés, Antoine Bohier hérite de Chenonceau. Ce dernier ne reste cependant pas longtemps dans le patrimoine familial. Une triste affaire de malversations, à laquelle le grand-oncle d’Antoine, Jacques de Beaune de Semblançay, en tant que surintendant et gouverneur des Finances, n’est pas étranger, va déclencher la mainmise royale sur le domaine.

En effet, accusé d’escroquerie, Jacques de Beaune est condamné à la pendaison. Son petit-neveu, général des Finances et gouverneur de Touraine, n’est pas impliqué mais subit de grosses conséquences : redevable d’une colossale somme au Trésor pour pallier aux agissements de son grand-oncle, il propose alors au roi la cession de Chenonceau. François Ier accepte. Le château entre dans le giron royal le 20 mai 1535.

Ce n’est pourtant pas le roi qui va donner toute sa beauté et sa grandeur à la fastueuse demeure. Encore une fois, c’est une femme qui va en être à l’origine. Cette femme, c’est la fameuse, la belle et l’irremplaçable Diane de Poitiers, maîtresse favorite de Henri II, fils de François Ier.

L’histoire de Diane de Poitiers est unique. Pendant vingt ans, celle que l’on nomme « la plus que reine » garde un ascendant sans précédent (et il n’y a d’ailleurs pas d’autre exemple comparable ensuite dans l’Histoire de France, sauf peut-être celui de la marquise de Pompadour…) sur le roi. Fou amoureux, ce dernier, pourtant de vingt ans son cadet, cède à toutes les demandes de celle qu’il considère non seulement comme son amante mais aussi comme sa conseillère, sa confidente, sa complice.

Henri et Diane de Poitiers se rencontrent pour la première fois en mars 1526. À ce moment-là, Henri est âgé de 7 ans, Diane 27 ans. Le contexte politique est agité : François Ier vient d’être capturé à Pavie par Charles Quint. Pour assurer sa liberté, ses deux fils doivent être confiés à l’empereur d’Espagne en tant qu’otages. La légende raconte qu’avant ce départ forcé, Diane de Poitiers aurait réconforté le petit Henri, apeuré, et que ce dernier n’aurait jamais oublié ce geste protecteur durant sa captivité, qui dura quatre ans.

Mais qui est Diane de Poitiers ? Née le 9 janvier 1500, ses parents, Jean de Poitiers et Jeanne de Batarnay, issus de la noblesse provençale (et non poitevine, malgré leur nom), sont des proches de la royauté. Orpheline de mère à l’âge de six ans, Diane est confiée à Anne de Beaujeu, sœur de Charles VIII. C’est cette dernière qui suggère son mariage avec Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie. Âgée de quinze ans seulement, Diane épouse donc en 1515 ce vieil homme, de quarante-et-un an son aîné et dont le physique disgracieux contraste fortement avec la beauté de sa jeune femme… Malgré ces différences, le couple s’entend bien et se respecte. Diane, qui pourrait pourtant user de son pouvoir de séduction, est une compagne fidèle, soucieuse de son image de femme digne, ayant le sens du devoir. L’union est même féconde : deux enfants naissent de ce duo atypique. La rumeur selon laquelle Diane aurait été la maîtresse de François Ier est donc purement fictive. En fait, Diane est consciente des bénéfices que lui offre le prestige de son mari à la Cour. D’abord dame d’honneur de le reine Claude, elle est ensuite celle de la mère du roi, Louise de Savoie. Son unique but est de montrer l’image d’une femme respectable, image qui ne pourra, selon elle, que servir ses intérêts.

En 1530, les enfants royaux sont libérés. Revenu à la Cour, Henri, âgé de onze ans, est aussitôt l’objet de projets de la part de son père. Ce dernier, en effet, souhaite son union avec Catherine de Médicis. Le but est évidemment politique : il désire reconquérir l’Italie avec l’appui du pape Clément VII, Jules de Médicis. Pour Diane, ce mariage serait le bienvenu : Catherine est sa cousine, et elle voit là l’opportunité d’intégrer la famille royale.

Ce dessein n’est cependant pas accepté par tout le monde à la Cour, y compris par Henri. En effet, Catherine n’est pas de sang royal, ce qui choque une grande partie de l’aristocratie. François Ier, quant à lui, n’y voit rien d’offusquant : Henri n’étant pas l’aîné, il n’est pas censé hériter de la couronne de France. Il peut donc se marier avec une jeune femme socialement inférieure. Reste à convaincre son jeune fils… Le roi en charge alors Diane de Poitiers, en qui il a toute confiance. Cela devra passer par une bonne éducation, d’autant plus que le garçon en a grand besoin : après quatre ans passés en qualité d’otage, il est nécessaire de le « civiliser ».

Commence dès lors l’une des plus grandes histoires d’amour de l’histoire de la royauté. Chaste, au départ, bien entendu. Henri, de nature timide et rêveuse, et devant l’attention et la beauté de sa préceptrice, s’attache de plus en plus à elle. Lors de tournois, c’est devant elle qu’il incline sa lance et sa bannière. Autant dire qu’il n’a d’yeux que pour son éducatrice, et cet amour, pour le moment unilatéral, s’amplifie avec le temps.

L’année 1531 marque un tournant. Louis de Brézé, très malade, succombe. Diane revêt son habit de deuil (qu’elle ne quittera plus) et se retire quelques temps dans son château d’Anet, avant de revenir à la Cour, suite au décès de Louise de Savoie. Parallèlement, le mariage entre Henri et Catherine de Médicis devient un projet concret. En 1533, cette dernière arrive en France. C’est à Marseille qu’Henri et elle se rencontrent et que le mariage a lieu, le 28 octobre. Henri, réticent devant le physique ingrat de son épouse, ne lui fait pas au départ très bon accueil. Sous l’insistance de Diane, et pour lui plaire, il consent à faire des efforts, qui paraissent si naturels que Catherine, sous le charme, tombe amoureuse du jeune homme.

L’Italienne n’est cependant pas naïve. Elle sait que ses origines bourgeoises sont très mal considérées à la Cour, et elle s’empresse de faire bonne impression et de se montrer digne de la chance qui lui est offerte. Sa nature joyeuse et positive charme François Ier, moins Henri, qui ne pense qu’à Diane. Catherine n’est pas dupe et souffre de la situation, en silence.

Le 10 août 1536, le destin bouscule ce qui paraissait jusque là évident : le dauphin meurt. Henri sera donc roi, Catherine reine. Et Diane ? Elle voit là l’occasion unique d’occuper une place inestimable auprès du futur souverain, qu’elle sait amoureux d’elle. On pense généralement qu’elle devient sa maîtresse en 1538. La date n’est pas certaine, tant les deux amants restent discrets. D’ailleurs, jamais ils ne montreront en public la moindre impudence. Néanmoins pour Diane, qui n’a connu charnellement que son vieux mari, sa liaison avec Henri est très certainement une renaissance, d’autant plus que le jeune homme est loin de manquer de charme.

Catherine de Médicis endure difficilement l’ascendant de Diane sur son mari mais ne dit rien. En effet, après cinq ans de mariage, aucun enfant n’a encore vu le jour et la menace de la répudiation pèse sur elle. C’est sans compter sur l’affection que François Ier lui porte : il préfère attendre. Catherine, quant à elle, ne reste pas inactive : elle multiplie les traitements tels que les infusions de pattes de belette, urine de mûle… Ce régime peut nous paraître aujourd’hui totalement décalé et risible, mais à cette époque, on pensait réellement au pouvoir de tels breuvages ! Diane, de son côté, encourage Henri à coucher chaque soir auprès de son épouse. Les médecins proposent des changements de positions sexuelles… Laquelle de ces solutions fut la bonne ? On ne peut le dire, mais toujours est-il que le 16 janvier 1544, enfin, Catherine de Médicis met au monde un garçon, François, le premier d’une très longue lignée. En effet, en onze ans, le couple royal n’aura pas moins de… dix enfants !

Diane joue un rôle primordial dans le rapprochement d’Henri et Catherine. Elle incite son amant à honorer régulièrement son épouse. Elle s’occupe aussi de l’éducation de leur progéniture : c’est elle qui choisit précepteurs et nourrices. Constamment consultée, elle jouit d’un pouvoir et d’une ascendance auxquels elle trouve un intérêt inestimable.

Le 30 mars 1547, François Ier meurt, Henri devient roi. Diane se retrouve propulsée favorite royale… et compte bien le rester. Pour cela, elle influence Henri sur diverses questions politiques : elle fait, entre autres, intégrer les Guise, ennemis du principal conseiller du roi, Montmorency, au Conseil. Elle profite aussi du renvoi de sa rivale de toujours, la duchesse d’Etampes, maîtresse de François Ier, pour bénéficier de ses biens. Henri II la comble toujours plus, surtout financièrement : Diane est bientôt à la tête de domaines, issus la plupart du temps d’expropriations. Femme d’affaires implacable, cupide, sa fortune devient très vite considérable.

Chenonceau va bientôt faire partie de ce patrimoine. Diane rêve de posséder la propriété, Catherine aussi… Henri II fait rapidement son choix : il souhaite offrir le château à sa maîtresse. Mais les choses ne sont pas aussi simples. En effet, Chenonceau ne peut être cédé puisqu’il appartient à la royauté et est donc inaliénable. Qu’importe, Henri contourne le principe : par un édit de 1539, il en fait un bien privé et le donne à Diane sous le prétexte des bons et loyaux services rendus par son époux, Louis de Brézé, à la couronne.

Diane, dont la passion et l’intérêt pour Chenonceau sont évidents, a néanmoins peur des contestations et la joue fine : elle s’aperçoit en effet qu’en 1535, le domaine a été acheté trop cher à la famille Bohier. La transaction est donc annulée et le fils de Catherine Briçonnet se voit contraint de récupérer sa propriété et de rembourser les 90 000 livres de trop-perçu. Or, Diane est bien consciente qu’il ne peut restituer une telle somme. Le château est donc remis en vente et la favorite peut enfin, pense t-elle, se porter acquéreur. Elle l’achète, mais Antoine Bohier fait de la résistance : il conteste la baisse de l’estimation. Chenonceau est alors mis en adjudication. Le procès dure 8 ans. C’est seulement le 8 juin 1555, en trois criées, que Diane acquiert le domaine, définitivement cette fois, pour 50 000 livres.

Ces longues années de procédure ne l’ont toutefois pas empêchée d’habiter le château (elle occupe le rez-de-chaussée), de le rénover (il est alors dans un état de délabrement avancé) et de jouir des revenus de ses vignes, fermages, moulins et prés. Diane participe activement à la gestion de Chenonceau, au point de vérifier elle-même les comptes du régisseur. Dès 1551, elle s’attèle aux jardins : elle fait planter fleurs et arbres en contrebas de la bâtisse et fait encadrer ce parterre de terrasses. Son choix se porte sur les arbres fruitiers, environ deux-cent pruniers et cerisiers, mais aussi aubépines, noisetiers, rosiers, groseilliers puis, un peu plus tard, des plants rares tels que pêchers, abricotiers, melons, concombres et artichauts, offerts par l’archevêque de Tours. En 1554, ce sont cent cinquante mûriers qui sont implantés dans le but de développer la culture de la soie. Diane, dont l’esprit est pragmatique, a toujours l’objectif de joindre l’utile (et surtout l’aspect financier) à l’agréable…

Son désir est aussi de donner de fastueuses fêtes à Chenonceau. Pour cela, elle charge son architecte, Philibert de l’Orme, de construire une salle de bal plutôt particulière : le but est de bâtir tout d’abord un pont de soixante mètres de long et six mètres de large sur le Cher, en prolongement de la bâtisse principale, puis d’y édifier une pièce aux mêmes dimensions avec un balcon au bout, pour « prendre l’air ». Le pont voit le jour, mais les travaux s’arrêteront là : en 1559, c’est la chute de « la plus que reine ».

En effet, Henri II meurt subitement le 10 juillet suite à un tournoi au cours duquel son œil gauche a été transpercé par la lance de son concurrent. Catherine de Médicis a trop longtemps retenu sa haine pour sa cousine et la chasse littéralement de la Cour. Elle fait néanmoins preuve de clémence en lui laissant la totalité de ses immenses biens, excepté… Chenonceau. Elle propose en effet à Diane de l’échanger contre le château de Chaumont.  Cette dernière accepte immédiatement, tout d’abord trop heureuse de l’indulgence de la reine-mère, mais aussi par avidité : Chaumont et ses terres valent le double !

Diane de Poitiers meurt le 26 avril 1566 dans son château d’Anet, où elle s’était retirée.

 

Chenonceau, outil politique de Catherine de Médicis


Catherine de Medicis veuveChenonceau : pour Catherine, posséder ce bien, c’est prendre sa revanche sur celle qui a causé son malheur conjugal. Symbole de la passion de Henri pour Diane, il est désormais sien et n’abritera dorénavant plus d’amours illégitimes.

C’est en effet avec Catherine de Médicis que Chenonceau devient réellement un lieu de pouvoir. Avec la mort de son époux, la reine se retrouve au cœur de la politique : son fils François II, à qui le rôle de roi pèse énormément, charge sa mère de mener les affaires du royaume à sa place. La reine-mère se rend donc au Louvre, alors centre de la royauté, et prend son nouveau  rôle à bras-le-corps.

On pense généralement que Catherine de Médicis était une femme avide de pouvoir, impitoyable, usant de violences et de manigances pour exercer sa fonction de régente dans un seul intérêt : le sien. Les historiens s’accordent aujourd’hui pour dire qu’il n’en était rien. C’est au contraire l’amour maternel, et non le désir de toute-puissance, qui motivait la reine-mère dans ses actions politiques. Car s’il y a une chose qui définit bien Catherine de Médicis, c’est l’adoration inconditionnelle qu’elle porte à ses enfants, et en  particulier à ses fils, destinés à régner.

Mère attentionnée, parfois jusqu’à l’étouffement, son objectif unique est d’offrir à ses enfants un royaume uni et en paix. La tâche est ardue. Le Trésor est vide et le protestantisme prend de plus en plus d’ampleur. La royauté doit sans cesse faire face à des luttes de factions, au sein-même de la Cour. Catherine garde toujours un œil averti sur les Guise, fervents catholiques qu’elle caresse dans le sens du poil, et sur les Bourbons, à tendance huguenote, dont les conspirations permanentes l’inquiètent.

C’est justement un de ces complots, fomenté par Louis de Condé, qui est déjoué en mars 1560. Désirant mettre Antoine de Bourbon, roi de Navarre, sur le trône de France, les conjurés prévoient d’éliminer les Guise et d’enlever François II. La tentative échoue, et Catherine se montre intransigeante : elle envoie à l’échafaud cinquante-sept chefs rebelles sur la place d’Amboise. Le triste et éprouvant spectacle des exécutions, auquel toute la Cour est obligée d’assister, dure une journée entière. La reine-mère ne montre aucun sentiment et reste dure : la légende de la Reine Noire est née. Pourtant, Catherine ne verse pas le sang de gaieté de cœur. Par cette radicalité, ce qu’elle souhaite avant tout, c’est protéger le pouvoir royal, et donc sa famille. Pour cela, elle doit faire preuve de fermeté et ne présenter aucune faiblesse.

Le lendemain de ce terrible événement, Catherine de Médicis quitte Amboise pour Chenonceau, où elle doit organiser une fête en l’honneur de François II et son épouse Marie Stuart, fête où toute la Cour doit être présente. La scénographie est grandiose : présence des poètes Ronsard, Dorat et Jodelle ; parc entièrement décoré d’obélisques, de fontaines, de statues, de colonnes… Trois arcs de triomphe sur lesquels sont écrits des poèmes et maximes d’auteurs romains et grecs anciens ainsi que les armes du roi, des reines et des princes royaux, sont installés devant le château. Le vin, issu des vignes de la propriété et symbole de prospérité et de joie, est abondant... On voit là le rôle politique de Chenonceau : sous couvert de somptueuses festivités, Catherine de Médicis désire faire passer le message d’un pouvoir royal fort ainsi que son souhait de parvenir à la paix au sein du royaume.

La tâche va s’avérer difficile et les difficultés ne faire que s’amonceler. En premier lieu, le 15 décembre 1560, François II meurt dans les bras de sa mère, à l’âge de seize ans seulement. Le nouveau roi, Charles IX, n’a que dix ans et demi : Catherine de Médicis devient officiellement régente. Mais elle craint les Bourbons et leurs manigances, d’autant plus qu’Antoine de Bourbon est théoriquement en droit de réclamer la régence aux Etats Généraux. Elle choisit donc l’anticipation : elle offre à son ennemi la lieutenance générale du royaume et libère son frère, emprisonné pour un énième complot contre la couronne. Elle ménage aussi Condé en ordonnant à Chenonceau, une fois encore, des fêtes dans les jardins qu’elle vient d’aménager et, connaissant sa faiblesse en la matière, en lui offrant des maîtresses sur un plateau. Le 13 avril 1563 est notamment organisé l’accueil du cortège royal avec une mise en scène destinée à combler les gentilshommes que Catherine désire neutraliser : quatre-vingt jeunes femmes de bonne famille, vêtues en nymphes (autant dire très légèrement…), ont pour charge de s’« occuper » de ces messieurs…

Chenonceau devient donc le lieu de toutes les festivités. Le cadre est effectivement idyllique et se prête aux réjouissances extérieures. Sur les bords du Cher ont été plantés chênes, pins, ifs, buis, lauriers entre lesquels coulent des petits ruisseaux et sont disposées des fontaines. La grotte de Diane, dite Fontaine du Rocher, est agrémentée de terrasses, de jets d’eau, de vasques et d’animaux en terre cuite tels que grenouilles, tortues, écrevisses… On chasse, on profite de la musique, on assiste à de splendides feux d’artifice…

Le château reste cependant trop petit et peu confortable pour accueillir toute la famille royale et sa suite dans de bonnes conditions. Catherine de Médicis décide dont d’entreprendre de grands travaux d’amélioration dans le but d’en faire une véritable résidence. Son plus grand projet est de terminer ce que Diane de Poitiers n’a pu achever : faire du pont une grande galerie couverte. En 1577, c’est chose faite : le lieu est désormais clos ; dix-huit hautes fenêtres garnies de vitraux font entrer intensément la lumière ; deux grandes cheminées magnifiquement sculptées, situées à chaque extrémité, offrent des coins de chaleur. La reine-mère fait aussi décorer les appartements déjà existants en faisant peindre les plafonds, recouvrir les murs de tapisseries et agrémenter les fenêtres de vitraux. Elle fait par ailleurs ajouter des meubles et des objets décoratifs tels que miroirs, verreries de Venise, porcelaines, statuettes… Dans la petite librairie, elle installe de précieux ouvrages. Mais, dès 1787, les travaux s’arrêtent : en effet, les revenus de la propriété royale sont insuffisants pour couvrir la totalité des colossaux projets de Catherine. De plus, la reine-mère commence à montrer des signes de fatigue. Usée par les incessantes et menaçantes intrigues politiques de la Cour, intrigues auxquelles sont d’ailleurs souvent mêlés ses enfants qui ne la ménagent aucunement, sa santé décline peu à peu et elle meurt à Blois le 5 janvier 1589 d’une pleurésie.

797px-ChateaudeChenonceauGalleryGroundfloor.jpgLa grande galerie

Nous ne pouvons terminer ce chapitre sur Catherine de Médicis sans revenir et insister une nouvelle fois sur son rôle essentiel dans le maintien de la paix au sein du royaume de France. Loin de l’image d’Epinal d’une femme cruelle et avide de pouvoir, on est plutôt tenté d’admettre que son unique désir était de voir un pays religieusement et politiquement uni, où ses fils pourraient régner sans être constamment menacés. Le 8 août 1570, notamment, la reine-mère organise la paix de Saint-Germain, où la liberté de conscience est octroyée aux protestants. Le 18 août 1572 et malgré le scandale que l’événement suscite, elle marie sa fille Marguerite de France, catholique, à Henri de Navarre, protestant.

Cette union, au lieu de créer le climat d’apaisement souhaité par Catherine, ne fait qu’accentuer les haines. Le 22 août 1572, l’amiral de Coligny, adepte de la Réforme et proche de Condé, échappe de peu à un assassinat, mais il sera massacré, comme des centaines d’autres protestants, lors de la nuit de la Saint-Barthélemy, deux jours plus tard.

Catherine de Médicis peut-elle être mise totalement hors de cause de ces violents événements ? Evidemment non, puisque, malgré une influence déclinante sur ses enfants et notamment sur Charles IX, elle reste au centre du pouvoir. Elle aurait vraisemblablement donné son accord dans le projet du meurtre de Coligny, par peur d’un nouveau complot contre la royauté. Difficile par contre d’affirmer que le massacre de la Saint-Barthélemy est à son initiative. Visiblement, il n’en est rien. Certainement est-elle au courant du dessein initial, à savoir supprimer les chefs protestants uniquement, et sans doute se retrouve t-elle totalement dépassée, voire horrifiée, par l’ampleur d’un massacre qui se généralise dans toute la ville puis dans toute la France, et qu’elle n’a pas souhaité, mais elle n’en est aucunement l’instigatrice. La légende de la Reine Noire, longtemps véhiculée par les historiens eux-mêmes, ne reste donc… qu’une légende.

En savoir plus sur Catherine de Médicis : http://www.histoire-des-femmes.com/article-catherine-de-medicis-une-reine-diabolique-64478711.html

 

Chenonceau, refuge du chagrin de Louise de Lorraine


424px-Clouet_Louise_Lorraine.JPGEn 1589, à la mort de Catherine de Médicis, la France a pour roi un autre de ses fils : Henri III (Charles IX est mort en 1574). Ce souverain, l’enfant préféré de la défunte, suit rapidement sa mère dans la tombe : il meurt le 2 août 1589 suite au coup de poignard que lui a infligé Jacques Clément, un moine partisan de la Ligue. Le roi laisse une veuve éplorée : Louise de Lorraine.


Louise de Lorraine est une exception dans ce contexte agité, fait de manigances, de conjurations, de meurtres, de conflits… C’est une jeune femme douce, calme, pieuse, qui ne s’intéresse aucunement aux affaires politiques. Ces qualités la font apprécier de Catherine de Médicis, qui lui lègue le château de Chenonceau.

Le destin matrimonial de Louise de Lorraine est aussi assez atypique : c’est sa ressemblance avec l’épouse du prince de Condé, Marie de Clèves, qui va précipiter son union avec Henri III.

En effet, alors qu’il n’est pas encore roi de France, Henri d’Anjou tombe très amoureux de la belle Marie, elle aussi pieuse et fidèle à son époux. Lorsqu’il rencontre Louise de Lorraine au cours de son voyage vers la Pologne, il est frappé par ses traits, à ses yeux en tout point communs à ceux de son amour impossible. Il désire donc l’épouser et l’union a lieu le 15 février 1575.

Louise de Lorraine tombe très vite sous le charme de son époux. Plutôt bel homme, raffiné, celui-ci se montre plein d’égards envers elle. Cette entente conjugale porte bientôt tous les espoirs : en 1576, la reine tombe enceinte, mais le bonheur est de courte durée. Sa fausse couche la rend définitivement stérile. Malgré ce handicap, Henri III ne pensera jamais à répudier son épouse, à laquelle il est très attaché. Par ailleurs, il a de très nombreuses maîtresses qui le comblent. Cette situation est source de souffrance pour la reine et malgré la discrétion de Henri qui tente de la ménager, elle n’est pas dupe.

Lorsqu’elle apprend la nouvelle de l’assassinat de son mari, Louise se trouve à Chenonceau. Elle ne quittera plus le château. Elle se vêt d’une robe de deuil en satin blanc et reste recluse une grande partie de la journée dans sa chambre, située entre la librairie et la chapelle, qu’elle aménage de façon plutôt lugubre : tout y est sombre et noir (murs, plafond, tentures, meubles). Parallèlement, Louise se met à vouer un culte à Henri III par d’incessantes prières pour le repos de son âme.

800px-ChenonceauChambredeLouisedeLorraine.jpgLa chambre de Louise de Lorraine à Chenonceau

Il serait néanmoins réducteur de penser que Louise de Lorraine ne se résume qu’à une simple dévote désespérée passant son existence à pleurer son époux défunt. Au contraire, c’est une femme très cultivée qui consacre la majeure partie de son temps à lire, en particulier des ouvrages historiques ainsi que des auteurs grecs et latins. Elle écrit aussi beaucoup et reste entourée par une petite cour fidèle. Simultanément, elle se bat pour que les responsables de l’assassinat de Henri III soient punis. C’est dans ce but qu’en 1593, elle demande à être reçue par Henri IV, qui lui accorde une entrevue. Malgré une certaine affection pour elle, le nouveau roi refuse d’inculper les chefs ligueurs qu’il ne veut pas se mettre à dos : la paix du royaume, que tout comme Catherine de Médicis il recherche à tout prix, serait trop menacée.

Louise mène donc une vie calme et austère à Chenonceau. Mais ce dernier n’est pas un simple refuge pour elle : il est aussi une charge. La vie de fêtes que Catherine de Médicis y organisait n’a fait que cumuler les dettes et en tant qu’héritière, Louise de Lorraine se trouve vite acculée de toutes parts par des créanciers avides. Or, il s’avère que la veuve ne peut, par un refus obstiné du Parlement, bénéficier de son douaire. Seuls les revenus de Chenonceau lui assurent donc le minimum vital. Henri IV tente de l’aider en lui octroyant une petite rente qu’il prélève sur ses propres deniers, mais Louise le dépense en bonnes œuvres… Et, le 5 décembre 1597, le Parlement la menace de saisir le château ainsi que toutes les terres attenantes.

Le salut ne tarde pas à venir. Encore une fois, c’est une femme qui va en être à la source. Gabrielle d’Estrées, alors favorite de Henri IV, propose à Louise de racheter Chenonceau. En échange, l’épouse de Henri III pourra bénéficier de l’usufruit.

Cet altruisme n’est qu’apparent. Ce n’est pas par simple charité que Gabrielle d’Estrées décide de sortir Louise de Lorraine de cette impasse financière. Son ambition est tout d’abord de devenir reine de France. Très amoureux, Henri IV envisage en effet de rompre son mariage avec Marguerite de Valois. Il faut donc à la jeune femme un château digne de son futur rang… Enfin, en s’attirant la gratitude de Louise, elle espère que cette dernière serve d’intermédiaire dans la réconciliation entre son frère, le duc de Mercœur, fervent ligueur qui tient la Bretagne, et le roi. C’est chose faite : Mercœur capitule en 1598 et accepte les conditions proposées officieusement par Gabrielle d’Estrées : sa fille, Françoise de Lorraine, épousera César, l’enfant illégitime de Henri IV et sa favorite… Et selon des clauses précises imposées par la duchesse de Mercœur, Marie de Luxembourg, Chenonceau devra revenir au jeune couple le jour de leur mariage. Gabrielle d’Estrées, gardant l’espoir de soutirer la propriété une fois que son fils en aura hérité, accepte. Elle n’aura guère le temps de mettre son plan à profit : elle décède le 10 avril 1599.

Le 29 janvier 1601, c’est au tour de Louise de Lorraine d’expirer. Chenonceau, qui doit en toute logique passer plus tard aux mains de César et Françoise, est criblé de dettes : il est mis en vente par adjudication. Le duc de Mercœur tente alors un procès, qu’il perd. Il n’a pour seul recours que d’acheter le château, qu’il obtient pour 98 300 livres. La somme est loin de couvrir les sommes dues, mais les créanciers, devant l’état de délabrement de la propriété, acceptent de le céder à ce prix.

En accord avec le contrat signé en 1598, Chenonceau devient donc propriété du couple formé par César de Vendôme et Françoise de Mercœur, lors de leur mariage le 7 juillet 1609. Mais c’est surtout la mère de Françoise, Marie de Luxembourg, qui y séjourne. Opposée à la politique de Concini et de la régente Marie de Médicis (Henri IV est mort assassiné le 14 mai 1610 et Louis XIII n’a que neuf ans), c’est de Chenonceau qu’elle met en place sa politique de contestation de l’autorité royale, notamment en soutenant son gendre qui prépare en Bretagne une armée destinée à contrer le roi. Cette tactique est un échec et Marie de Luxembourg se voit dans l’obligation de se réconcilier avec ce dernier. Elle l’accueille pendant plusieurs jours au château, lors de sa route vers Bordeaux où il doit rencontrer sa future femme, Anne d’Autriche.

Marie de Luxembourg ne doit pas être occultée de l’histoire de Chenonceau. Elle n’y apporte aucun changement architectural majeur mais pendant près de vingt ans, en plus de l’entretenir, elle y installe, dans les combles qu’elle fait aménager, une communauté de Capucines. Elle meurt en 1622 et avec son départ commence pour le château une longue période de vide et de dégradations. En effet, Richelieu, suite aux manigances de César qui continue sa lutte contre le pouvoir royal, interdit au couple d’occuper les lieux. Les propriétaires suivants, endettés, ne pourront en prendre soin.

Qui sera la prochaine protectrice de Chenonceau ?

 

Louise Dupin, la lumière de Chenonceau

 

483px-Louise_Marie_Madeleine_Fontaine_1706-1799.jpgC’est en 1733 seulement que le château trouve une issue à son triste sort. Le duc de Bourbon, alors propriétaire, le cède à Claude Dupin, fermier général (l’équivalent de receveur des impôts royaux), pour 130 000 livres.

Claude Dupin est alors marié à Louise depuis onze ans. Malgré une union arrangée, le couple s’entend très bien. Beaucoup plus jeune que son époux, Louise Dupin est une femme réservée et vertueuse, mais belle, intelligente et cultivée. Elle tient l’un des salons les plus réputés des Lumières, où elle reçoit les plus grands penseurs de son temps : Rousseau, Voltaire, Marivaux, Montesquieu s’y bousculent. Rousseau, d’ailleurs, n’est pas insensible à son charme, au point, comme on peut le lire dans ses Confessions, d’en tomber amoureux. Malgré la froideur de Louise face à la déclaration de ses sentiments, il séjourne régulièrement à Chenonceau et sert de secrétaire à la jeune femme, qui travaille sur un écrit que l’on peut qualifier d’avant-gardiste puisqu’elle elle tente d’y prouver qu’hommes et femmes sont égaux, et que cette égalité doit passer par une instruction plus poussée et l’ouverture des emplois publics pour les femmes. Cette œuvre, un labeur de dix années, ne sera jamais publiée. Trop modeste, Louise n’aura pas le courage de la rendre publique.

Nouvellement anoblis, les Dupin partagent donc leur temps entre Paris, leur maison de campagne de Clichy et Chenonceau. Mais c’est à ce dernier que Louise tient le plus. En plus d’y donner des fêtes, des concerts, des ballets, des pièces de théâtre au cours desquels toute la bonne et haute société de l’époque est conviée joyeusement, elle fait les réparations nécessaires et aménager le parc en y plantant des ormeaux et des peupliers et en supprimant les fontaines. Elle fait aussi construire un pavillon dans lequel son beau-fils, Dupin-Francueil, issu du premier mariage de Claude Dupin (et futur grand-père de George Sand…), peut s’adonner à sa passion pour la physique avec Rousseau. Louise, d’humeur gaie et optimiste, rénove aussi la chambre de Louise de Lorraine, qu’elle trouve trop triste. Elle transforme également le couvent des Capucines en appartements pour ses domestiques, et la grande galerie en chambres pour ses invités.

Rousseau.pngJean-Jacques Rousseau

Seule ombre au tableau dans ce bonheur idyllique : Jacques-Armand, le fils du couple Dupin. Débauché, capable de violence, dépendant au jeu, il cumule les dettes et met en péril le patrimoine de ses parents, qui se voient dans l’obligation de vendre certains de leurs biens. Chenonceau est épargné, mais pour éviter l’aggravation de la situation, Claude Dupin demande au roi, par lettre de cachet, de bien vouloir faire enfermer son fils, sous couvert de folie comme il était alors souvent d’usage. Jacques-Armand est alors placé au château de Pierre-Encise, près de Lyon. En 1765, ses parents le font partir pour l’Ile Bourbon, où il meurt deux ans plus tard de la fièvre jaune.

A la mort de Claude Dupin, en 1769, Chenonceau devient à nouveau lieu de refuge pour veuve. Louise y passe une grande partie de l’année, puis y loge définitivement dès 1782. Elle continue inlassablement de l’entretenir et agrandit le domaine par l’achat de nouvelles terres. Agée de soixante-seize ans, elle reçoit à présent peu de monde. En 1788, son petit-fils, pour lequel Rousseau a écrit l’Emile, décède. Son beau-fils Dupin-Francueil et sa famille vivent à Châteauroux. Louise se retrouve donc seule et se consacre alors aux œuvres de charité.

En 1789, l’Histoire connaît de nouveaux soubresauts : la Révolution éclate. Noble, Louise est en danger mais refuse d’agir comme nombre de ses semblables et d’émigrer. Elle demeure à Chenonceau, sous la protection de son ami, l’abbé Lecomte, curé du village ayant adopté les idées nouvelles. Président du comité révolutionnaire d’Amboise, il est grâce à ce statut en mesure de sauver le château de Chenonceau, symbole de l’autorité royale menacé de destruction, puis de saisie suite au décret de nationalisation des biens de 1790.

Louise, bien que non adepte des idées révolutionnaires, tente aussi de son côté d’assurer sa propre protection : elle octroie une somme d’argent à la municipalité de Chenonceau pour l’achat d’un drapeau tricolore et l’organisation d’un banquet pour la garde nationale. Elle fait aussi don de ses canons aux villes de Tours et Amboise. Mais elle n’adhère pas à cette Révolution dont elle ne peut respecter la violence et les dérives. Elle repense avec nostalgie à l’époque des Lumières, où à ses yeux, les idées de tolérance avaient encore une place.

Louise Dupin meurt le 20 novembre 1799, à l’âge de 93 ans, après avoir pris en charge pendant plusieurs années l’éducation de ses petits-neveux, René et Louis, suite au suicide de leur père pour échapper à la guillotine. Des enfants qui auront égayé ses derniers jours… Elle est inhumée, selon son désir, sur la rive gauche du Cher, à Chenonceau.

 

Avec Louise Dupin se termine définitivement la période fastueuse du château de Chenonceau. Ce dernier revient à son petit-neveu, René de Villeneuve, qui y mènera une vie familiale simple. À sa mort, la propriété sera vendue à contrecœur par sa fille, la marquise de La Roche-Aymon, qui n’a pas les moyens de l’entretenir. Chenonceau passera alors aux mains de la famille Pelouze en avril 1864. Marguerite Pelouze, d’origine écossaise, entreprendra de rendre au château son aspect premier. Les travaux, débutés en 1865, dureront quatorze ans. Madame Pelouze fera détruire le bâtiment des Dômes, datant de Catherine de Médicis, pour y laisser place à des écuries. Elle supprimera aussi toutes les transformations architecturales de la reine : disparition de fenêtres, reconstruction d’un grand balcon… C’est une immense chance qu’elle n’ait pas démoli la grande galerie… Elle n’en aura en effet pas le temps, malgré le projet : de nombreuses dettes familiales l’en empêcheront et elle devra se séparer de son bien.

Après une succession de divers propriétaires, Chenonceau sera racheté en 1913 par l’industriel Henri Menier. Son frère, Gaston, en fera un hôpital pendant la Grande Guerre, géré par sa belle-fille, Simone Menier : pas moins de 2254 blessés y seront soignés. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, après une brève occupation par les troupes allemandes, le château, déclaré Monument Historique, sera interdit d’accès pendant tout le conflit : le Cher représente en effet la ligne de démarcation entre la zone libre et la zone occupée.

Chenonceau est aujourd’hui toujours aux mains des descendants des Menier.

 

Sources :

Christiane GIL - Les Dames de Chenonceau - Pygmalion, 2003

Jean BUON - Madame Dupin, une féministe à Chenonceau au siècle des Lumières - La Simarre, 2013.

Ivan Cloulas - Diane de Poitiers - Fayard, 1997.

Ivan Cloulas - Catherine de Médicis - Fayard, 1979.

Jean-Jacques Rousseau - Les Confessions - Folio, 2009.

Par Céline - Communauté : La littérature au féminin
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Mardi 17 septembre 2013 2 17 /09 /Sep /2013 10:35

Olympe de Gouges

 

France Culture consacre, dans son émission "La Fabrique de l'Histoire", une semaine à l'une des premières féministes : Olympe de Gouges, auteure, sous la Révolution, de la célèbre "Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne" en réponse à celle des "Droits de l'Homme et du Citoyen" de 1789, occultant la gent féminine.

 

Les émissions peuvent être réécoutées en ligne ou podcastées. C'est par ici ! => Olympe de Gouges

 

 

 

Par Céline - Communauté : La littérature au féminin
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Jeudi 1 août 2013 4 01 /08 /Août /2013 09:40

mini-serie-orgueil-et-prejuges

 

Jusqu'au 8 août, Arte rend hommage à Jane Austen (1775-1817), romancière anglaise auteure du très célèbre Orgueil et Préjugés ou encore Persuasion, Raisons et Sentiments, Emma...  Pour l'occasion, la chaîne franco-allemande diffuse les diverses adaptations de ses romans.

 

Jane Austen est, dans la littérature anglaise, aussi célèbre, importante et étudiée que William Shakespeare. Une bonne raison de découvrir, si ce n'est déjà fait, son oeuvre!

 

Attention, les vidéos sur internet ne sont disponibles que 7 jours après leur diffusion officielle sur la chaîne !

 

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Par Céline - Communauté : La littérature au féminin
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